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jeudi 6 décembre 2012

Le courrier des lecteurs



Ecrire ce blog génère de nombreuses satisfactions et des rencontres.
En ce dernier mois de l'année, voici quelques-unes de vos belles proses (continuez à écrire pour de vrai, çà remplit mon coeur de joie).

Cher blog,
C'est moi la Mère Noëlle.
Cette année, Papa fera sa distribution annuelle habituelle.
En revanche, je tiens à souligner qu'on ne parle pas assez du fait que c'est aussi un peu grâce à moi grâce à moi, et zut.
Nom d'un elf.
Qui c'est qui fait les bonshommes en pain d'épice toute l'année ?
Qui lui remplit sa pipe à tabac au gingembre ?
Qui panse et encourage les rênes de Papa ?
Ben ouais, cher journal, c'est Bibi.
Alors voilà, quand vos chaussettes seront pleines de cadeaux et que le sapin rengorgera de présents, ayez une pensée pour moi.
Parce que voilà.
Un merveilleux Noël à vous tous.
La Mère Noël.

Chère Mère Noël,
Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci,Merci, Merci.
Autant de mercis que de jours en Décembre, jusqu'à l'arrivée de Papa.
Parce que vous le valez bien.
Bisous !


Cher uneautrefilletoutenue,
C'est moi la Fin du Monde Tel que Vous le Connaissiez (FMTVC pour les intimes)... 
Juste pour rappel, j'arrive en chair et en os ce 21 décembre.
Donc, ne vous prenez pas trop la tête sur la liste de cadeaux de Noël que vous avez à faire, l'endroit où vous passerez le Nouvel An ou bien encore sur votre avenir, votre santé, votre argent, vos amours...
Parce qu'après le 21/12/12, plus rien ne sera comme avant.
Cordialement,
La FMTVC.

Chère la FMTVC,
Tu es un peu relou d'arriver à cette période de l'année. 
Ça ne ressemble à rien un 21 décembre, c'est comme un mardi, ou bien les raviolis en boîte, on ne peut pas avoir d'opinion à ce sujet,  c'est vraiment juste un truc dont on se fout tous, mais complètement.
Par ailleurs que veux-tu dire quand tu dis "plus rien ne sera comme avant". On sera tout à coup dans le monde des Bisounours? Ou bien dans un monde comme Wall-E? J'ai bien aimé ce film même si je dois admettre que je ne voudrais pas vivre dans le monde de Wall-E. Tu as vu Wall-E? Chère la fin du monde, tu n'es qu'un concept, je doute fort que tu aies vu ce film. 
Et d'ailleurs comment as-tu fait pour nous écrire? Je sais pas, j'imagine que tu as peut être des priorités. Et puis tu aimes bien faire des promesses que tu ne tiens pas, on n'est plus dupes, hein! 
Dois-je te rappeler le fiasco de Paco Rabanne et sa station Mir, ou encore le "bug de l'an 2000"?
Non mais laisse-moi rire, fin du monde.
Ha. Ha. Ha.
HA.HA.
Allez, cesse de perdre ton temps et organise ton Armaggedon comme faire se doit.
Paresseuse!

Cher ...,
Je ne sais guère comment t'appeler alors tu seras juste mon prochain, c'est plus simple. 
Cette fin d'année m'inspire le moment où on doit être honnête avec son cœur et son prochain.
Alors voilà.
Cher mon prochain.
Je t'aime.
Je ne te connais pas, mais je t'aime, profondément, je t'aime.
Tel que tu es, avec tout ce que tu as et tout ce que tu n'as pas.
Je ne sais pas grand chose, ni à propos de moi, ni à propos de toi, mon prochain, tout ce que je sais, c'est qu'on a une chose en commun.
Je crois que cette chose ne tient qu'à un battement de cœur.
Alors voilà, mon prochain, mon cœur, il bat pour toi.
En physique quantique comme en art, on considère que l'observation seule d'un objet modifie celui-ci.
Et bien voilà, je voulais te le dire, cher mon prochain, je te vois.
Et je t'aime.
J'y pense tous les jours, à cet amour que j'ai pour toi, mon prochain, mais là il fallait que je te le dise.
De merveilleuses fêtes de fin d'année à toi mon prochain.

lundi 12 novembre 2012

L'économie expliquée à un enfant de 5 ans.



Il était une fois, il y a bien longtemps, un monsieur appelé Adam Smith.
Adam était un curieux monsieur qui croyait en une chose étonnante qui s'appelait la Main Invisible.
Cette main était supposée faire que les marchés se régulaient tous seuls.
Par une rencontre un peu mystérieuse entre la demande et l'offre, les prix se rencontraient sur le marché et puis "pouf", selon Adam, tout marchait tout seul...
Et puis le temps passa.
Des gens qu'on appelle les libéraux et aussi les hygiénistes, ont proclamé quelque chose qu'on surnomme l'Etat Providence.
C'était des gens bizarres les libéraux.
Les libéraux étaient copains avec les hygiénistes.
Ils disaient, tous ces gens-là, que le principe de partage et de charité doit seulement être avec les plus pauvres, mais que sinon il n'y a pas vraiment d'entraide.
Ceux qui par exemple avaient le plus de bonbons, ils les gardaient pour eux, et ils grossissaient, ils grossissaient, en se gavant de leurs bonbons, pendant que les ouvriers se tuaient à la tâche pour fabriquer leurs bonbons.
Les ouvriers gagnaient très peu de bonbons.
Pendant ce temps-là, les hygiénistes disaient qu'il fallait beaucoup se laver les mains et puis ne pas jouer avec la terre parce que çà salit les mains et çà donne des maladies.
Moi je trouve çà très intéressant de jouer avec la terre, çà permet de comprendre le monde et puis l'univers.
Et puis, c'est plus sympa de partager ses bonbons,  on passe un agréable moment, ensemble, comme çà.
Ca sert à quoi d'avoir pleins de bonbons si on est seul?
Et puis qu'est ce qu'on fait de tous ces bonbons à part produire plus de bonbons?
Au bout d'un moment on a une indigestion...
Alors, un beau jour, un monsieur qu'on appelle Karl MArx a dit:
"Stop! C'est injuste que ceux qui aident à fabriquer les bonbons n'en voient quasiment pas la couleur."
Quelques pays l'ont écouté, mais le problème c'est que rapidement cette histoire de partage de bonbons a créé beaucoup de disputes et même des guerres.
Mais c'est là que John Keynes est arrivé.
Lui, il a dit:
"Allons, les copains, il faut que quelqu'un arbitre tout cela, vous voyez bien que tous seuls on n'y arrive pas"
Un peu comme à la maison, s'il n'y a pas d'adulte, les jeunes enfants tous seuls ont tendance à faire des bêtises, parce qu'ils ont peur, c'est normal, çà fait peur d'être tout seul...
Keynes a dit:
"Hey, je propose que tout le monde donne un peu de ses bonbons à tout le monde, on partage tous, et le chef, ce sera l'Etat Social".
L'Etat Social, çà c'était une chouette idée, et çà marchait plutôt bien, parce qu'au coeur de l'une des crises les plus sombres du XXème siècle, çà a permis de remettre de l'ordre et même un peu de paix sociale.
La paix sociale, c'est quand on essaie de bien s'entendre tous.
C'est très compliqué à mettre en place, la paix sociale, parce qu'on a toujours des raisons de se disputer.
On est tous très différents alors c'est sûr que discuter à tous, ce n'est pas facile...
Donc çà marchait comme çà, l'Etat Social reposait sur 4 piliers:
- la protection sociale: çà signifie que quand on se fait un bobo, l'Etat est là pour te guérir.
Mais pas seulement, il aide les papis et les mamies, qui ont longtemps travaillé, il aide les personnes qui recherchent du travail, et on le finance en donnant de l'argent (ou des bonbons, comme vous préférez) à la fin de chaque mois.
- le droit du travail: ce sont les règles pour dire aux patrons qu'ils sont obligés de donner un certain nombre de bonbons aux employés, à tous les employés, qu'ils soient des hommes ou bien des femmes (sinon les papas gagnent plus que les mamans et çà c'est injuste, non mais!) .
- les politiques sociales: c'est par exemple quand l'état dit à tout le monde de donner un petit peu plus de bonbons pour que tout le monde mange à sa faim..
- les services publics: çà, ce sont les écoles, les crèches, les trains, tous ces trucs qui vous permettent de vivre la vie de tous les jours...
Depuis les années 80, le problème, c'est que les idées d"Adam Smith et de ses copains sont revenues à la mode, allez savoir pourquoi.
Probablement parce qu'un ancien cowboy, Ronald Reagan, est devenu président en Amérique...
Il a donc décrété que  le libéralisme reviendrait en force.
Le libéralisme consiste:
- à libéraliser les marchés et la finance (çà, c'est quand il n'y a plus de règles, la Main Invisible refait surface, ce qui fait peur à tout le monde, rappelez-vous),
- à baisser le coût du travail (moins de bonbons pour tous, sauf pour ceux qui en ont plein, parce qu'ils en ont plein...),
- à mener une contre-révolution fiscale (çà çà signifie que ceux qui ont plein de bonbons ont le droit d'en garder encore plus, parce qu'ils ont le mérite d'avoir gagné des bonbons)
- à prôner l'austérité salariale (çà, c'est pour les employés qui fabriquent les bonbons, il ne fait pas trop leur en donner parce que sinon l'état dépense trop de bonbons et les libéraux n'aiment pas trop partager)...
Voilà.
Heureusement, l'Etat Social existe encore, mais le libéralisme l'attaque beaucoup beaucoup.
Tout cela ne vous paraît pas très logique.
Beaucoup d'adultes ne comprennent pas non plus...
Espérons qu'un beau jour, quelqu'un se réveillera et se dira que John Keynes était un chouette type...

Merci à Christophe Ramaux et à ses trois ans de cours d'économie à l'IRTS Montrouge, appliqué aux travailleurs sociaux...


mercredi 7 novembre 2012

Carnet de bord d'une secouriste (en 9 étapes et en vrac)




1)

On apprend les gestes.
À faire un bilan.
Les antécédents. 
En formation, on dit que c'est comme une enquête.
Il y a deux jours, j'ai chanté l'internationale à un type qui pleurait, riait, et lisait en même temps. 
Un type  de mon âge qui s'était allongé au milieu de la rue en voulant probablement mourir un peu, juste avant qu'on le récupère.
Deux heures avant, je chantais " Une souris verte" à un petit garçon de 3 ans qui présentait une hyperthermie convulsive.
Ça veut dire de la fièvre et des tremblements.
Moi aussi, avant, je parlais normalement.
Et puis je suis devenue secouriste.

2)

Au salon Baby, j'initie des parents captivés aux gestes de secours à destination des nourrissons et des jeunes enfants.
Je leur dis qu'il existe des gestes et des protocoles, mais surtout que ce sont eux, les parents, qui savent mieux que quiconque comment s'occuper de leur enfant, parce que ce sont eux, les parents, et qu'ils peuvent faire confiance à leur instinct, parce qu'ils connaissent mieux leur enfant que quiconque.
Les maladies et les malaises, ils sont pour de vrai.
Les causes, la plupart du temps, elles viennent de la tête et des émotions pas accompagnées.
Il y a toujours des surprises pendant les initiations.
Aujourd'hui par exemple, j'ai initié des enfants de 4 à 8 ans au massage cardiaque sur un nourrisson.
L'un d'eux, très éveillé, m'a dit que sa maîtresse lui avait expliqué que l'arrêt de la respiration entraînait l'arrêt cardiaque.
J'ai acquiescé en ajoutant que c'était  parce que le cerveau et  le poumon avaient besoin l'un de l'autre, et que quand l'un cafouille, l'autre part en nouille.
Ce gosse a effectué le massage mieux que certains adultes. 

3)

Au stade de France, on couvre le match France/Angleterre et tous les secouristes sont très beaux.
Beaucoup de couples se forment au sein de la Croix Rouge.
J'avais pour règle de ne pas pécho à la Croix Rouge.
J'ai dérogé à cette règle une fois.
Au bout de peu de temps, on a réalisé qu'on n'était pas un "match".
On a rompu fort courtoisement.
Je pense que les gens se pécho à la Croix Rouge parce qu'ils partagent cette valeur humaine très forte. 
Le savoir-être des équipiers Crf est tout de même assez agréable, surprenant.
Et puis leur uniforme... 
On n'est plus vraiment nous avec cet uniforme.
On est nous en mieux, en somme.

4)

Je couvre un match de football organisé par une association antillaise du quartier.
L'implication de tous ses membres pour que les petits puissent jouer au foot permet aussi d'animer un peu le lien des gens entre eux.
C'est aussi une rencontre humaine immense, finalement, la Croix Rouge.

5)

Marathon de Paris, énorme dispositif mobilisant 300 secouristes.
Je prends confiance dans les gestes, les bilans, et dans le même temps je doute tant.
J'ai des secouristes sous ma responsabilité (je suis PSE2). 
Et quand je ne sais pas, je demande un relai.
Aujourd'hui une des victimes dont j'étais en charge ma fait la bise en partant.
Un autre ma demandé en mariage.
J'ai aussi réquisitionné deux kinésitherapeutes à la tente de massage pour m'aider à dégager une victime vers la tente Croix Rouge: s'adapter...
J'ai fait deux brancardages maladroits, mais tout le monde qui est passé entre mes mains est vivant, en tout cas l'était quand on s'est quittés.
Je ne sais pas ce qu'ils deviendront ces gens, mais j'ai vraiment, vraiment fait ce petit chemin chaotique avec eux, alors qu'ils ont survécu au probablement pire jour de leur vie.
Eux, en tous cas, ils sont souvent avec moi.
Parce que c'est rarement le cas dans la vraie vie, mais quand on fait du secours, il y a des gestes, des protocoles, une équipe qui font que la situation est "gérable".

6)

La quête, les vents, les sommes improbables, le s'insulter et le bien s'aimer.
Les folles surprises qui ne valent que peu et aussi tellement , tant, si, beaucoup.
On va bien.
Nous sommes ce battement de cœur, toujours la, pour toi, inconnu.
Tu n'as pas 1€ pour la Croix Rouge?
Pas grave, quand tu passeras dans mon camion, je serai au poste...

7)

On fait des blagues en poste.
- Mon collègue: Je vais au lion d'or. Au lit on dort.
- Moi: Tu devrais l'envoyer aux Grosses Têtes.
- Mon collègue (en prenant ma température): Tu te rappelles ce qui s'est passé?
- Moi: Quoi?
- Mon collègue: Ha, ça a marché on t'a effacé la mémoire.
- Moi: C'est quoi qui est gros et jaune? (avec une grosse voix): un PIoUPIOU.
On rit bêtement en se moquant des bobos qui matent la nuit photographique aux buttes Chaumont.
Une douce garde blanche, çà me convient aussi, çà signifie qu'on a pas à intervenir et que tout le monde va bien.

8) 

Maraude. Un an et demie depuis la dernière. Toujours démunissant.
Caca boum.
Le sens de l'humour, bizarre et déconcertant des gars qui dorment dehors.
Pff.

9)

Je réalise après ces 4 ans que je n'ai plus le temps pour la Croix Rouge.
Peut-être parce que par ailleurs , cela fait 4 ans que j'enseigne le massage de cœur pour tenter de faire repartir le mien.
Mon cœur bat pour ce que je fais.
Pour une cause, pour un homme, pas tout à fait, encore, mais à coup sûr, depuis que je suis à la Croix Rouge, mon cœur ne fibrille plus.
En attendant, là, immédiatement, je n'ai plus le temps pour la Croix Rouge.
J'y reviendrai, j'y reviendrai, tout ce que çà m'apprend, c'est trop important...

jeudi 1 novembre 2012

Western d'yeux (ballade matinale)



Je lutte contre mes yeux qui luttent pour rester ouverts depuis 7h07 ce matin, .
Heure à laquelle mon réveil m'a brutalisée comme tous les matins depuis le 1er septembre.
Date à laquelle j'ai eu le privilège de dormir une nuit complète pour la dernière fois.
Allez, allez.
Allez.
Les yeux encore fermés, je presse mon café.
C'est pas rien un café pressé, c'est une litote en soi.
La bouilloire ronronne.
Une cuillère de ma petite drogue légale, qui imminament, accélèrera le battement de mon cœur.
4 minutes.
Le temps d'une vie le matin.
Presse.
Mon café.
Mais pourquoi je m'inflige cette vie là.
Je ne mets pas de point d'interrogation à cette question réthorique, c'est un fait exprès, bon pour faire ce que de droit.
Je suis debout.
Enfin, je crois.
Petit rituel du matin, comme un haka de rugbyman, je me dis bonjour dans le miroir.
C'est bon.
C'est bien moi.
Enfin, je crois.
Propulsion dans le couloir de Châtelet.
Que c'est brutal et beau aussi, parfois, Paris, le matin.
Je flotte, comme elle, je ne coule pas (encore) cool.
Trop tard pour venir en bus et attraper une de ces plus belles vues du monde: celle du pont qui relie la rive gauche à la rive droite, et ce ciel, ce ciel, ce ciel à perte de vue.
Une peinture de William Turner, ce ciel matinal dans le 38.
Mais il est trop tard pour la beauté ce matin.
Trop tard pour le bus alors je me rabats sur la ligne 4.
4, au Japon, veut aussi dire mort.
Quatre.
Un pompier de Paris m'a un jour dit que c'est la ligne de prédilection des suicidés.
Ma petite mort matinale, ce 4 qui me poursuit.
Incroyable que je survive à chaque matin.
La 11 est liée par la 4 via un tube Technicolor ringard.
Il fait 1000km ce couloir qui connecte la 11 à la 4.
Quatre.
Je suis dedans.
Ce changement et la ruche à gens qui courent pendant la correspondance.
Dans les ruches on produit du miel.
Dans le métro on produit des insultes, parfois des sourires de connivence un peu hasardeux.
Changement.
Transit.
Attente.
Correspondance.
Ils sont toujours justes, les mots du transport et du voyage, parce qu'ils parlent de notre trajectoire lente et inassurée, tâtonnante, vers l'inéluctable arrivée.
L'arrivée est toujours sûre et certaine d'elle-même.
Elle est là, elle ne fait qu'une chose, l'arrivée, elle t'attend, c'est tout.
Comme dans la vie. 
Long couloir arc-en-ciel désuet.
Un jour, je te jure que je vais dégainer un sifflet pour faire courir les parisiens encore plus vite entre les couloirs.
Le chemin.
Sortie.
Ouf.
Je suis encore avec moi.
Le jardin de la porte d'Orléans.
Le parc et les feuilles qui déclinent en mode Tim Burton.
La rosée sur les feuilles fait briller celles-ci, tel un dégueulis de fée.
Petit haiku d'Automne.
Matthew Bellamy et sa voix de stentor fluet, et son piano dingo, et ses guitares hystériques hurlent "Survival" tel un chant galvanisant dans mes oreilles. 
Si.
Si.
Si.
Je peux.
Ce matin, ce matin, une fois de plus, je peux.
Je peux.
Je peux.
Je peux.
Je peux lutter contre mes yeux, je peux vivre, pas survivre, je peux être là, vraiment, vraiment là, pas gagner, perdre, je peux faire sans suffisament de café, je peux me mettre au premier rang et entendre, ingurgiter un cours magistral et faire le lien avec mon futur taf, je peux rester indignée mais pas aigrie, fatiguée, oui, oui, pas épuisée, donner, pas abandonner, ce matin, à nouveau, ce matin neuf, je peux échanger des idées avec mes camarades en pause et espérer un monde meilleur, je peux, je peux croire que moi je ferai une différence sur le terrain, je peux me dire que oui je peux.
Je peux me rappeler que je suis venue sans rien au monde, et que je ne partirai qu'avec de l'amour, le reste n'est qu'emprunt, le reste ne fait que passer, le reste, c'est presque rien.
Je peux me rappeler que la vie c'est là, là, là, là;  maintenant.
Pas plus tard.
En face à face.
Mano.
A.
Mano.
Alors je me mets au premier rang.
Le combat contre mes yeux paresseux se poursuit.
La ballade longue, qu'elle est épuisante parfois, je sens que je m'essouffle.
(Mes yeux me perdent.
Ils gagnent une partie lorsque le  maître  de la magistralité passe au petit b du grand un, ou bien l'inverse.
Mes yeux se closent.
Je pars loin, sur une petit lagune mexicaine qu'on appelle Chacahua. On y vit de poisson grillé et on surfe toute la journée. La question existentielle à Chacahua, c'est qu'il n'y en a pas. Ça repose la tête. Le dicton à Chacahua, c'est "Nada se pasa". C'est un local qui m'avait dit çà, les yeux remplis de sable et de Mezcal. J'ai bien aimé Chacahua.
Pourquoi je n'y retourne pas.)
Mais pourquoi, pourquoi, alors, je m'inflige cette vie-là.
Je me réveille et sursaute de me réveiller dans cet amphi clairsemé.
Mais à quoi ils rêvent les autres étudiants.
Mes yeux: un. Moi: zéro (en plus maintenant je vois flou).

À suivre (?)

dimanche 16 septembre 2012

Trois


Trois.
C'est le nombre de p'tits chats dans la comptine.
Le nombre des petits cochons de l'histoire.
Trois c'est aussi le nombre d'années que dure cette formation d'EJE, cumulée avec la Licence AES.
IRTS Montrouge...
Tout un programme bien, bien, bien chargé.
En écrivant ces lignes, j'ai peine à croire que déjà, me voilà "dans la dernière ligne droite".
Toi aussi, première année, tu verras, dans deux ans, tu parleras comme un vieux con.
Trois.
3.
Trois ans.
Tu sais que ça expire, dès le premier jour, au début en signant, tu savais les termes du court contrat au départ, et tu n'as pas oublié ça, à aucun moment, tu y a pensé chaque jour, après chaque TD pénible, et les bavardages, çà alors, mais qu'est ce que vous avez à vous raconter, au fond de l'amphi, de plus intéressant que Hannah Arendt, Adam smith, Emile Durkheim, et tous ces gens, et tous ces gens avant vous?
Trois ans de papotage incessant et de débat dans ta tête aussi, étudiant.
Trois ans, trois pige de belles rencontres et de passages improbables.
Trois.
Et la méchante institution, parfois.
Qui va mal, mieux, qui ne sait pas répondre aux quetions mais qui est composée de ces supers humains, de ces jolies femmes qui font des clins d'yeux dans les couloirs, des petits gars anonymes, qui vous confient comme un secret qu'ils sont de fidèles lecteurs, des formateurs aux cheveux gris, tous vos cheveux sont gris, chers, chers formateurs, sachez-le par ailleurs.
Trois.
Des étudiants usants et qui ne savent rien, qui testent, tâtonnent, essaient, ont plein d'imagination.
Trois ans de gens qui n'ont fait que passer brièvement à certains moments.
Trois ans de gros bouquins très chiants et parfois des épiphanies au coin d'une petite phrase, comme çà, paf.
Comme un coup de foudre.
Trois ans de la formation.
De déformation ?
Pas du formatage.
Non.
De la vraie, de l'élaboration
De l'échange d'idée. 
Un gros délire.
Du lourd, de la bousculade, de la prise de/en main, du demain.
Wahou.
Dire qu'il ne me reste qu'un an.
Comment ça va me manquer le statut étudiant.
Trois.
Le nombre d'années qu'il vous reste à vous, qui entamez ce joli chemin parsemé de pleins d'aventures dans cette nouvelle formation.
Le temps de vous perdre, vous retrouver, vous questionner, tâtonner, expérimenter, hésiter, ne pas savoir, tenter, avancer et puis grandir, maturer.
Trois.
Trois, enfin, c'est un peu l'essence  notre futur  métier: on dit "faire tiers" dans nos pratiques. Remettre le cadre, être le tiers séparateur porteur de loi.
Être aussi celui qui fait le lien, qui accompagne, comme un trait d'union.
Trois.
Une belle rentrée à chacun d'entre vous.
On va beaucoup vous parler de distance pendant trois ans.
Mais ne vous y trompez pas.
Il s'agit bien, en dépit de tout, d'une relation amoureuse, à certains égards.
Une belle, une très belle rentrée à chacun de vous.

mardi 4 septembre 2012

La rentrée

La rentrée impliquerait qu'il y aurait comme une petite porte de sortie de la vie, comme si on pouvait sen échapper comme ça.
Mais point , mais point, allons.
Les vacances nous permettent juste à un moment d'aller d'un endroit à un autre, de s'oublier ou alors de faire des gommages pour n'être plus nulle part que la ou l'on est.
Mais on est, on naît. 
Toute notre vie on est.

samedi 28 juillet 2012

Les statuts Facebook qui me titillent, et ceux pour lesquels ma tolérance s'amenuise comme peau de chagrin...

  1.        

Vous n'êtes pas votre statut et votre statut n'est pas vous. Vous êtes dans un état passager, que vous sentez pertinent de faire connaître à vos "amis".
Comme une cravate farfelue  en forme de synthétiseur, un pantalon d'équitation orange,  une chemise à jabot ou des mocassins à glands, cependant, parfois, certains de vos états peuvent à votre insu irriter votre entourage.
Si on continuera à vous estimer, ce genre de petit délit statuesque peut , s'il est commis à répétition, entraîner votre mort sociale (pour de faux mais pour de vrai quand même un peu parce qu'on parle d'Internet, et que comme chacun sait, internet c'est pas net, on n'en connaît pas les frontières).
Notons tout de même que l'on est en droit de chérir absolument quelqu'un dans le vie et la mépriser virtuellement.
Tout le monde ne parle pas le 2.0...
Facebook est une bien étrange famille, qui contient des "amis" qui ne se refusent pas sous peine de conflit.
Donc par pitié et dans cette perspective, montrez-leur un peu de respect et ne leur faites pas saigner les yeux avec des statuts ubuesques, il y a des choses qu'il vaut mieux penser à voix basse (c'est à dire dans sa tête à soi parce que çà n'intéresse personne)... 

- Les états de santé détaillés des bébés. Comment dire çà gentiment... Moi, je ne poste pas que j'ai envie de faire un gros caca ou bien qu'aujourd'hui j'ai dessiné une jolie fleur en passant un
coup de fil.

- Les photos de vos bébés: alors, brièvement , un bébé c'est grave mignon, mais avec modération.
Vous n'êtes pas votre bébé et réciproquement.
Si votre bébé avait envie d'être sur Facebook, il se serait créé un compte. Il ne l'a pas fait? Ça alors! Peut être que c'est  juste qu'il en est incapable, et que lorsque le temps sera venu, il prendra sa décision en âme et conscience.
 Arrêtez de parler en son nom, un jour il vous en voudra possiblement beaucoup de l'avoir exhibé comme ça sans lui demander son avis.
La vraie vie, ce n'est pas la première scène du Roi Lion dans laquelle Simba se fait fièrement présenter au peuple des animaux ébahis par Rafiki sur le haut de la falaise. Cà, c'est un film inventé par les gens de Disney. La réalité, et Facebook par extension, comportent quelques petites différences avec ce que les talentueux salariés de Disney ont pu imaginer à un moment. 
Vous avez le droit d'être fier de votre progéniture et vous avez raison,  mais avec parcimonie, dignité et pudeur.
Donc les photos de bébé, à dose homéopathique , merci pour nous tous.

- Il en va de même pour votre animal de compagnie.

- Les bulletin météo. Si je veux savoir quel temps il fait, je n'ai qu'à regarder par la fenêtre. Tu sais ce truc qui ressemble à un écran d'ordinateur mais sans clavier, au travers duquel se déroule la vraie vie.

- Les statuts "militants" genre la guerre c'est mal et les dauphins c'est gentil, la paix c'est chouette, les méchants ils mordent. Souvent postés par ailleurs par des gens qui bossent pour une firme pétrolière, ou une quelconque banque.
Ok. Tu sais quoi? Si tu veux donner des leçons de citoyenneté , quitte ton job et fais un vrai taf d'intérêt général.
Arrête de faire des sermons virtuels.

- Les 13 gens qui "j'aime" quand quelqu'un poste qu'il a une maladie incurable. Je ne peux pas élaborer plus que ça sur ce sujet, pour la raison évidente que j'ai choisi dans mes valeurs de base d'aimer mon prochain.

- Les photos d'enfants qui ont un cancer, ou de petit chaton trop mignon, ou de chaussures et l'incitation à mettre "j'aime" pour leur venir en soutien. Ce "j'aime" n'est d'aucun soutien. Les gens ne sont pas des objets et vice et versa. C'est de la perversité que de confondre le tout et la partie, la chaussure et l'enfant .

- Les "participera peut-être" à un évènement auquel la personne n'a pas été conviée. C'est tout bonnement de l'incruste qui affiche publiquement qu'elle projette son larcin.

- Etc, etc, etc... Liste non exhaustive, bien entendu.

Je précise que j'ai probablement moi-même commis plus d'un statut pourri dont tout le monde se fiche. Mes lecteurs/"amis" m'en excuseront, comme je leur ai pardonné les leurs...
 A nouveau, n'oubliez pas que:

Vous n'êtes pas votre statut et votre statut n'est pas vous. Vous êtes dans un état passager, çà aussi çà passera.

Pour finir et comme je suis une fille sympa, vous pourrez dans la case "Exprimez-vous" tout là-haut vous entraîner en postant noir sur blanc des statuts à blanc :) 

lundi 25 juin 2012

La fille qui murmurait à l'oreille des petits


Quand je réfléchis à ma future pratique d'Educatrice de Jeunes Enfants, je me dis que pour beaucoup, elle consiste à être réparatrice de petits.
Pas qu'ils aillent mal, ces enfants, loin s'en faut.
Mais il leur arrive pour beaucoup de symptomatiser (oui, oui, c'est un mot que je viens d'inventer et qui par conséquent, existe) beaucoup de maladresses de leurs parents parfois dépassés.
On ne peut pas reprocher aux parents d'être dépassés.
Même le Code du Travail interdit les job à pleins temps, par là j'entends 24/7.
Donc un peu d'épuisement est fort légitime.
C'est là que j'interviens.
Mon taf, c'est le potentiel et le jeu.
Par là, j'entends, accompagner les parents dans leur capacité à s'émerveiller, en mettant l'enfant au centre de l'accompagnement, et sans en faire un roi.
Tout un subtil programme, qui ne repose que sur l'envie de chaque sujet accompagné (enfant comme adulte) à accepter la petite balade que je leur propose...


Je, Jeu, Enjeux.

Dans EJE, il y a Je (mon identité, ce que je mets de moi dans ma pratique professionnelle), il y a Jeu (le jouet et les jeux, les joujoux) et Enjeu (ce qu'il se joue).
Le jour où j'ai cessé de jouer à la Barbie, je me le rappelle très précisément : c'était un jeudi pluvieux et je me suis dit, çà suffit, j'ai grandi, j'ai douze ans, assez de ces inepties.
Sauf que quelques années plus tard, alors que je baby-sittais une fillette de 6 ans, je me suis remise – tout à fait malgré moi- à jouer avec cette fillette et cette inepte poupée de plastique : et je dois reconnaître qu'on s'est bien amusées.
J'étais alors actrice, c'était avant d'entamer ma reconversion d'Educatrice de Jeunes Enfants à l'IRTS Montrouge, où j'obtiendrai mon diplôme, si tout va bien, au printemps 2013.
J'ai donc été actrice pour continuer à jouer, pendant un bon moment. On joue de toutes sortes de façon en somme, tout au long de notre vie.
Mais à quoi joue-t-on ?
Les enfants peuvent-ils jouer à rien ?
On a tous déjà entendu l'histoire de l'enfant qui reçoit un coûteux jouet et qui préfère s'amuser avec l'emballage plutôt qu'avec l'onéreux joujou.
Il faut bien se rendre à l'évidence : en réalité, on n'arrête jamais de jouer – et je défie quiconque autour de moi d'affirmer qu'il ne joue pas.
Il me saute aux yeux, à présent, que ma reconversion d'EJE n'est pas anodine : j'ai choisi un métier que je définirai ainsi : l'EJE travaille sur deux axes : le potentiel et le jeu. Le mot jeu est d'ailleurs implicite dans le sigle EJE...
Donald Winnicott nous le dit dans « Jeu et réalité » (D.W. WINNICOTT, Jeu et réalité, l’espace potentiel, 1ère trad. française 1975, réédition collection Gallimard / Collection de l’Inconscient 1997): « Ce qui s'oppose au jeu n'est pas le sérieux mais la réalité » ; donc on jouerait bien, de différentes façons avec toutes sortes de jouets et joujoux pour échapper à la réalité. Le jeu comme escapade en quelque sorte.
Jouer c'est l'enfance de l'art, mais c'est aussi cultiver l'art de l'enfance, ainsi que notre capacité à nous émerveiller.
Dans le cadre de la formation d'EJE, lorsque je me suis retrouvée en crèche multi-accueil pour la première fois, l'éducatrice de jeunes enfants qui était alors ma référente m'a désignée une partie de la section des grands (des enfants de trois ans en moyenne) en disant : « çà c'est la partie jeu libre ». Intriguée, je lui ai alors demandé à quoi y jouaient les petits. La professionnelle n'a pas vraiment su, ni pu me répondre. Ce n'est qu'après une longue période d'observation que j'ai compris : les enfants jouent et rejouent toutes sortes de situations de leurs vies dans le jeu libre. En réalité, le à quoi jouent-ils n'est pas tellement pertinent. Ce qui, je crois est pertinent, c'est ce qu'il se joue lorsque les enfants jouent.
Jeux symboliques, dînette, garafe, poupées, animaux, jeux d'imitation, parfois même jeux vidéos...
En réalité et peut-être ainsi pour échapper à la réalité, pour aller dans le sens de Donald Winnicott, ou pour mieux appréhender cette réalité et la comprendre, ils en disent, les enfants, des choses lorsqu'ils jouent.
Dans cette partie jeux libres, j'ai aussi pu obsever un petit garçon jouer « au château ». Cet enfant subissait littéralement, il n'y a pas d'autres termes, le divorce de ses parents, qui malheureusement comme bien souvent dans ces situations, placent l'enfant en otage. Je l'ai regardé un bon moment en train de jouer, et puis ma référente s'est aperçue qu'il fallait lui changer sa couche, ce qu'elle m'a demandé de faire. Dans la salle de change, je lui ai alors demandé à quoi il jouait. Il m'a répondu qu'il « jouait au château » ; je lui ai demandé à qui était le château, il m'a répondu que c'était celui de son père -c'est lui qui en avait la garde principale. J'ai demandé au garçonnet s'il y avait une chambre pour lui dans le château ; le petit garçon m'a dit que non, que lui, dans ce château, il était le prisonnier et qu'il «était au cachot ».
Puis il m'a demandé un câlin, ce que j'ai fait, je dois l'admettre, avec un peu d'émotion.
Qu'il ait pu me le dire à ce moment-là, de mon positionnement d'adulte en formation, cela m'a déstabilisée parce que je me suis sentie démunie face à son chagrin d'enfant ; il est difficile, parfois, l'accompagnement d'une détresse. Par ailleurs, il a quand même pu mettre cette détresse en jeu dans son jeu. Ce n'est pas rien.
A la Maison des Petits du 104, un Lieu d'Accueil Enfants Parents du XIXème arrondissement de Paris où j'ai effectué mon stage d'Accueil et d'Accompagnement du Jeune Enfant et de sa Famille, il y a une partie jeux d'eau. Combien de fois ai-je dû faire preuve de persuasion à l'égard d'un adulte récalcitrant à laisser l'enfant se mouiller, en lui expliquant que les jeux d'eau permettent à son petit de comprendre le monde, le contenu, le contenant, que peut-être également, cette étape ludique lui permet d'aborder ses propres sphincters...
Accompagner ce lien parent-enfant dans le jeu, en distillant aussi peut-être un peu de la pensée de Jean Oury : « Être au plus proche, ce n'est pas toucher : la plus grande proximité est d'assumer le lointain de l'autre. » Ainsi, signifier au parent qu'elle est très complexe sa tâche de parent, tout en valorisant ses compétences, effectuer cet accompagnement au travers du jeu s'est avéré payant bien souvent, dans ma pratique.
Parce qu'un parent qui joue avec son enfant, un parent qui sait se mettre en jeu, en percevant les enjeux que çà comporte dans son lien avec son enfant, ce parent-là se permettra, ainsi qu'à son enfant de vivre une « expérience suffisament bonne » (Mélanie Klein, « Envie et gratitude et autres essais », Gallimard,1978).
Un papa est venu un soir à la Maison des Petits, en toute fin de journée.
Il m'a d'abord demandé quelle était ma fonction en tant qu'accueillante (ce qui est assez rare : çà m'a interpellé que ce papa ait si bien compris la fonction et les missions du LAEP, et que normalement ce sont des psychologues qui y officient). J'ai donc senti qu'il fallait que je le rassure en présentant ma pratique d'EJE en formation comme s'axant sur le potentiel et le jeu. Il a paru satisfait, j'étais innofensive à ses yeux puisque je jouais...
Après une longue discussion, il m'a expliqué que son fils avait quelques difficultés avec le départ.
En approfondissant un peu, il a ensuite précisé que la maman du petit et lui étaient en train de se séparer. Je lui ai alors dit que peut-être, il était bon de rappeler à son fils que les gens et les endroits, lorsqu'on les quitte, on peut aussi les revoir et y revenir. J'avais en tête la phrase de Françoise Dolto : "L'enfant a toujours l’intuition de son histoire. 
Si la vérité lui est dite, cette vérité le construit." (“Tout est langage”, trois volumes, Gallimard, 1994).
Ensuite son fils est arrivé, et je leur ai proposé à tous les deux de jouer avec les téléphones et de s'appeler, ce qu'ils ont fait un très long moment. A ce moment, le papa a dit à son fils qu'il l'aimait et que les choses étaient un peu difficiles en ce moment avec sa maman, mais que tous deux l'aimaient très fort, que la séparation ne signifiait pas que l'on ne pensait pas les uns aux autres. Le garçon a souri. Au moment du départ, l'enfant a fait quelques difficultés : il est parti en courant au bout de la pièce. Je l'ai rejoint et je lui ai demandé qui décidait du départ, son papa ou bien lui. Il m'a répondu avec un sourire que c'était lui.
Puis il m'a prise par la main et m'a emmenée dans la cuisine, qui n'est pas autorisée pour les enfants seuls. Je lui ai alors rappelé ce que son papa lui avait dit au téléphone plus tôt, que le fait de se séparer ne signifiait pas quon ne pourrait plus penser l'un à l'autre, et que par ailleurs, il pourrait revenir à la Maison des Petits une autre fois. Son papa nous a rejoint, et a embrassé son fils en lui confirmant que celui-ci n'aurait qu'à demander à revenir et que ce serait possible. Le petit m'a alors demandé ou est-ce que moi j'allais et je lui ai répondu que je restais jusqu'à la fermeture du lieu, et puis que comme lui, je rentrerai chez moi après.
Le petit garçon m'a alors embrassé puis m'a dit aurevoir sans plus de difficultés et dans le calme, comme apaisé. Son père m'a remerciée et ils sont partis tous les deux.
Ce moment a été comme un déclic dans ma formation : j'avais l'impression d'avoir compris comment accompagner le lien au travers du jeu, et des mots.
Ces quelques exemples illustrent ce qui se joue dans les jeux d'enfants.
Et nous autres adultes, qui travaillons avec les enfants et leurs familles, n'oublions pas ce qui est en jeu, en y mettant un peu de notre je en enjeu.

Bibliographie
Jean Oury, Le collectif, Champ social éditions, 1999, Nîmes
D.W. WINNICOTT, Jeu et réalité, l’espace potentiel, réédition collection Gallimard / Collection de l’Inconscient 1997
Mélanie Klein, « Envie et gratitude et autres essais », Gallimard,1978
Françoise Dolto “Tout est langage”, trois volumes, Gallimard, 1994